J’aime bien ce mot, il en jette. Peut-être parce que c’est un mot compliqué pour désigner quelque chose de simple que beaucoup ne savait pas désignable.

En général, quand tu l’utilises, il y a toujours quelqu’un pour dire « procrastina-quoi », et quand tu lui expliques que ça désigne le fait de toujours tout remettre au lendemain, la personne semble soulagée, presque libérée. Ses yeux s’éclairent, sous l’effet de la joie de découvrir qu’il existe un terme pour désigner cette caractéristique qui lui est si familière, et dont elle subissait jusque- là le poids en silence, faute de pouvoir la nommer.

C’est rassurant les mots plaqués sur des états ou des attitudes, tu te sens moins seule avec tes névroses, parce que tu te dis que s’il existe un mot pour le décrire, c’est qu’il y a au moins deux personnes dans le monde qui sont concernées.

Par exemple, il n’y a pas, à ma connaissance, de mot pour désigner l’envie irrépressible d’enfiler des palmes en passant devant chez un fleuriste.

Ou le besoin viscéral de faire un poirier tous les jours à 11h47.

Ou encore la tendance systématique à danser la Macarena pendant deux jours et deux nuits à chaque changement de saison.

J’imagine qu’il existe, quelque part dans les hautes sphères, une commission d’attribution des noms évaluant pour chaque syndrome l’opportunité ou pas de créer un mot pour le désigner, en fonction du rapport investissement en temps et enrichissement du vocabulaire/utilité et fréquence probable d’utilisation.

- Bon les gars, gros dossier aujourd’hui, il faut qu’on trouve un mot pour désigner le fait d’avoir peur du chiffre 666.

- Roh Chef vous êtes sûr que c’est vraiment la peine ? C’est bien spécifique quand même…

- Les gars je vais pas vous apprendre notre devise… « Une seule, requête, quéquétte…

- « … plus d’une requête, on se creuse la tête » on sait, Chef.

- Alors au boulot.

- Je propose « sixcentsoixantesixophobe ».

- Ouais on voit bien que c'est la fin de journée, tu te foules pas quand même.

- On pourrait peut-être trouver un nom un peu marrant, pour changer, pendant mon cursus j’ai appris que d’un point de vue marketing…

- Ta gueule, stagiaire.

- Moi je verrai plutôt un mot compliqué, un terme qui fait un peu peur, un peu médical, un peu sérieux quoi.

- Oui je suis assez d’accord. C’est important de lui donner un peu de crédibilité, qu’il ait sa petite minute de gloire même, parce que ça risque de pas durer. C’est pas facile de rester digne en avouant qu’on a peur du chiffre 666.

- Faut qu’on donne tous les gars, là.

- Pruritanophobie ?

- C’est déjà pris, pour la peur de se gratter en public.

- .Je propose « chiffretriplecomprisentrecinqetseptophobe »

- Mouais.

- Si je peux me permettre, j’ai appris dans mon cursus qu’il fallait des noms facilement mémoris…

- Ta gueule stagiaire.

- Et qu’est-ce que vous pensez de « Hexakosioihexekontahexaphobie »

- ...

- Génial Gérard. 

- Fabuleux.

- Magique.

- Comment ça s’écrirait ?

- Comme ça se prononce stagiaire.

Voilà comment grâce à l'imagination de Gérard, certainement le fils du patron, et malgré les résistances du stagiaire, le mot Hexakosioihexekontahexaphobie est un jour rentré dans le dictionnaire, prouvant par la même qu’au moins deux personnes sur cette pauvre Terre redoutent plus que le tout le chiffre 666.

Ah oui c'est pas tout, la nécrodendrophilie désigne l’attirance sexuelle pour les arbres morts.

Et l'exiobophilie celle pour les extraterrestres.

Contente si ça vous a soulagé.

Bisoux.